mercredi 28 juillet 2010
A Jean-Charles Marchiani
Par Gilles savary, mercredi 28 juillet 2010 à 18:56 :: Ephemeride
En tant qu'homme de gauche, je prends des risques immodérés à avoir une pensée pour Jean-charles Marchiani, insupportable préfet de complaisance et pensionnaire de luxe de la prison de la Santé s'il en fut, pour avoir trempé dans les caves obscures des réseaux Pasqua, son compatriote Corse. Et pourtant l'assassinat revendiqué de Michel Germaneau , un humanitaire désintéressé et sincère sans doute, comme en produit l'infinie contrition de l'homme blanc en Afrique , m'évoque un dialogue intimiste avec jean-charles Marchiani avant qu'il ne quitte le Parlement Européen pour la prison de la Santé en 2004. Il est éminemment probable que Michel Germaneau a été exécuté en représailles d'une opération militaire ratée de l'armée française en appui des autorités mauritaniennes. Un Gouvernement ne se déshonore pas à tenter de sauver un compatriote, mais là où Marchiani me revient en mémoire, lui qui a négocié la libération de jean -paul Kaufman et de l'un de ses codétenus au Liban, c'est sur sa philosophie des moyens. Il m'expliquait que pour négocier la libération des 2 pilotes français détenus par les Serbes , quelques années aprés celle de Kaufman, le Gouvernement de l'époque n'avait pas fait dans la poésie :tous les moyens étaient acceptables pourvu qu'ils ne mouillent pas les politiques. Marchiani avait donc décidé de prendre ses risques avec les deux attributs qui établissent un sain respect entre brutes sans scrupules : des valises de coupures et des cagoulés corses en armes. Le Serbe de l'époque comprenait ce langage, comme sans doute le libanais du Hezbollah qui libéra finalement Kaufman aprés une invraisemblable torture morale de plusieurs mois. On comprend que ce qu'il pouvait rester de coupures soustraites à la négociation se soient évaporées sans excés de scrupules..Marchiani, si j'ai bien compris en a payé le prix dans un Occident épris de vertu et de transparence candide. Loin de moi de considérer que l'Etat de Droit doive s'abandonner à la barbarie pour lutter contre la barbarie..Mais la mort révoltante d'un innocent de bonne volonté comme Michel Germaneau n'a pas manqué de relancer le débat sur l'opportunité et les moyens de lutter contre les obscurantismes radicaux. Paul Quilès prône le retrait des troupes françaises d'Afghanistan . S'il s'agit de considérer que la voie militaire conventionnelle contre les Talibans est vouée à l'échec, il a probablement raison, tout simplement parce que l'Afghanistan n'a jamais été une Nation, mais une mosaïque d'ethnies dont aucune force conventionnelle n'est jamais venu à bout. S'il s'agit, par là même, d'abdiquer et de prier que notre bienveillante neutralité nous épargne dans un océan de crimes alentours , alors c'est Munich, dont on sait comment ça a fini..s'il n'avait été la résistance héroïque des britanniques. Du coup, l'hypothèse de Paul Quilès ne vaut que si l'on met notre sécurité et le destin de l'Occident entre les mains de "voyous d'honneur" , à la Marchiani. Aprés tout, un héros de temps de guerre n'est souvent qu'une infréquentable tête brûlée de temps de paix. Mais la démocratie n'a-t-elle pas le droit de se défendre?
